Depuis le mardi 7 mars 2023, les éboueurs et les agents de propreté de la ville de Paris ont cessé la collecte régulière des déchets afin de se mobiliser contre la réforme des retraites. Depuis, les habitants assistent à l’enlisement des déchets dans la capitale et s’en indignent. Mais ces 7000 tonnes de déchets amoncelés dans les rues et la reconductibilité de la grève au minimum jusqu’au 20 vont-ils pousser les Parisiens à revoir leurs modes de consommation ?
Confrontés à la masse de déchets qu’ils génèrent, on ne peut qu’espérer de la part des citadins une conscientisation de leur surconsommation.
Le discours des riverains à vingt-milles-lieues sous les poubelles
Paris,16ème arrondissement, mercredi 15 mars.
Impossible de les rater. Ces Parisiens effarouchés par le décor actuel de la capitale.
Jeanne, retraitée de 62 ans, ne parvient plus à profiter des rayons de soleil du Jardin du Ranelagh sans être prise de haut-le-cœur. Lorsque nous venons à sa rencontre, impossible d’échapper à son air désemparé.“Cet amas de poubelles…on va finir par tomber en dépression”, déplore-t-elle, “Il y a des rats… c’est malsain”. Lorsqu’on lui demande si, à la vision de tous ces déchets qui jonchent le sol depuis maintenant plus d’une semaine, le fait d’adapter ses modes de consommation lui est venu à l’esprit, c’est la surprise qui détonne : “cette vision participe peut-être à notre réflexion…mais le levier, c’est l’industrie”. Tout comme beaucoup d’habitants du quartier, elle considère faire sa part en achetant pratiquement que des produits frais. “J’espère que l’on n’attend pas de nous que l’on revoit nos modes de consommation pour enlever ces poubelles de nos rues” lance-t-elle, un brin sarcastique. La mairie de Paris, en soutien aux éboueurs grévistes, ne réquisitionne pas les poubelles de la capitale. Mais Jeanne n’est pas la seule à déplorer cette action, ou plutôt cette “inaction”, comme l’appelle Claude, retraité de 82 ans.
Les 1800 tonnes de déchets non ramassés le 8 mars ont laissé place à leur excroissance bien usuelle de 7000 tonnes ce mercredi 15 mars. Claude ne se voit pas “faire un effort supplémentaire ». Il considère que ce n’est pas les 270 grammes de déchets produits par Parisien par jour, selon ses propres calculs, qui vont “changer la face du monde”. Les industriels et le suremballage en sont ainsi les seuls responsables. Pour Claude, le problème ne réside pas tant dans sa consommation personnelle, qu’il juge éco-responsable, que dans ces poubelles non-ramassées. “C’est intenable pour les habitants”, sermonne-t-il.
Mais Marco, quarantenaire sans-abri accoutumé au quartier, n’est pas du même avis : “Les gens ne se sentent pas concernés d’habitude. Maintenant, ils sont placés face à ce qu’ils consomment”. Même si “l’effort doit aussi venir des industries”, Marco part du principe que ce sont les consommateurs qui ont le pouvoir de limiter leur consommation de fast-food, de produits suremballés. “On a l’impression que c’est naturellement propre, mais ce sont les éboueurs, aux aurores, qui réparent nos dégâts”.
“Gardiens de l’environnement” face à l’hyperconsommation
Nous sommes allés à la rencontre de Fares, agent de propreté pour la fonction publique affilié au 16ème arrondissement. Non-gréviste, Fares est en charge du balayage, de la collecte des ordures ménagères, des cartons et des plastiques. D’une voix posée, son constat est clair : “depuis le covid, le nombre de déchets alimentaires s’est considérablement accru. “On se rend pas compte de la quantité de restes alimentaires jetés par les boulangeries, les commerces… le gaspillage est énorme”. Même si les résidents du 16ème semblent sensibles à leur consommation de produits frais et au vrac, il demeure qu’il n’en va pas de même pour leur tri : “la plupart des déchets organiques sont jetés dans les poubelles de tri lambdas” selon Fares; au détriment donc, des bacs de compost, pourtant présents dans tous les espaces verts de la capitale depuis 2010.
Des modes de consommation non-viables, ainsi révélés au prix de la prolifération des déchets dans les rues. “Avec les grèves, il va y avoir une avoir une prise de conscience pour une partie d’entre-eux… mais pour une autre, peut-être pas…” termine Fares, dubitatif.
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